Ghostface Killah (GFK) n’était peut être pas le membre du Wu -Tang Clan le plus prédestiné à faire une grande carrière, mais plus de dix ans après le classique Enter The Wu -Tang (36 Chambers), où sur la pochette il apparaissait le visage couvert d’un masque, Ghostface est devenu une vraie institution.
Personnage fantasque et fascinant, il est, depuis quelques années, alors que les autres ne font plus vraiment les grandes lignes du rap, le seul du Wu à encore faire vibrer les foules à chacune de ses nouvelles sorties ; et il revientavec un deuxième album pour le compte de Def Jam, Fishscale, et pour une fois de plus prouver que même si le crew est affaibli, il n’est pas prêt de s’arrêter.
GFK n’est pas juste un rappeur, dans le monde du rap, il fait office de surhomme, comme son surnom -The Ironman - le laisse penser, car c’est vrai que le WU a perdu de son énergie mais lui reste au top et n’a pas l’air prêt d’abdiquer.
Toujours pieu défenseur des valeurs du vrai rap New Yorkais, il n’essaye pas de se conformer aux modes actuels et n’a pas, non plus, besoin de formater son rap, il reste fidèle à ses raps de rue décrivant souvent, dans des atmosphères presque théâtrales, des histoires des plus sordides.
Qu’il parle de rue ou de femmes, ce n’est jamais pour accumuler les clichés, ses récits sont souvent noir comme Whip You With A Strap, qui fait penser à un All That I Got Is You, où il nous ramène vers son passé autour d’un récit assez triste comme le single Back Like That ft Ne -Yo ou derrière la belle voix de Ne -Yo, Ghostface nous parle d’une histoire d’amour où la femme veux se repentir d’un adultère.
Les histoires derrière l’ambiance très funk sont souvent sombres et on n’a vraiment pas de mal à placer des images derrière ces histoires qu’il décrie si bien, l’écriture est bonne et ses raps très visuels sont aussi assez intenses comme sur le génial Kilo génialement appuyé par une prod bien funky avec en plus Raekwon pour une apparition remarquée.
Raekwon est, par ailleurs, toujours très proche de Ghostface puisqu’il apparaît aussi sur deux autres bombes, le détonnant Dogs Of War et R.A.G.U, les deux emcees semblent comme d’habitude en parfaite harmonie derrière le micro comme quand GFK pose avec son protégé Trife Da God, présent sur 4 titres, dont notamment pour l’excellent BE Easy.
Et pour nous prouver que le Wu n’est pas mort, on retrouve tout le crew -même le défunt O.D.B- sur 9 Milli Bros, un posse cut qui ne pourra que donner de l’espoir aux fans du groupe, le Wu -Tang nous servant un très bon posse cut.
On est donc rassuré de voir l’unité du crew mythique être « préservé » mais c’est surtout le show de GFK, qui l’assure comme peu savent le faire.
Il est plus que crédible sur Champion, se déclarant être un champion toutes catégories du rap, lâchant même quelques lignes en direction de D4L et leur hit Laffy Taffy, une des cibles préférée du rappeur ces derniers temps.
Et c’est vrai que Ghostface est loin d’être proche de la tendance sud qui inonde le rap, et si certains New Yorkers se sont laissés emportés, lui reste fidèle à des sons pleins de samples aux inspirations soul et funk. Loin des sons plus synthétiques du sud, il préfère expérimenter faisant appel à MF Doom, nous donnant au passage un aperçu de ce que l’album collabo (prévu pour fin 2006) entre les deux hommes pourrait donner avec des morceaux souvent un peu barré comme JellyFish avec Cappadonna, TrifeDa God et Shawn Wigg.
Malheureusement, si l’association des deux peut être intéressante, un Clipse Of Doom, tout comme celui cité précédemment, en rebutera plus d’un à cause du son trop spé de MF Doom, surtout que d’autres beatmakers comme Just Blaze ou Lewis Parker avec des sons plus accessibles apporte des instrus qui vont si bien au rappeur.
Et on est ravi de voir Pete Rock présent à plusieurs reprises donnant exactement ce qu’il faut à Ghostface pour lâcher ses raps, comme quand il produit l’excellent Be Easy ou Dogs Of War et le travail de J.Dilla (R.I.P) est aussi génial produisant entre autres Whip You With A Strap.
Fishscale a vraiment tout pour séduire, un Ghostface Killah à fond, des beats géniaux, seul peut être le nombre de skits insérés reste un peu gênant, elles essayent de suivre le cours de l’album et ne sont pas toutes désagréables comme l’amusant Bad Mouth Kid mais alourdissent tout de même un album qui compte 24 titres (skits inclus) ; mais les fans de Ghostface ou du Wu savent que le nombre de skits reste une des marques de fabrique d’un album made by Wu, alors peut -on vraiment lui en vouloir ?
Non, surtout que Fishscale reste tout de même des plus captivants, et qu’il est pour l’instant un des meilleurs albums américains de l’année, et le restera sans doute…
Un album de toute beauté qui montre que si le crew s’éteint, Ghostface est toujours au meilleur niveau.
Kiki Carter, Iron Lungz ...
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