INTERVIEW FLYNT

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Catégorie: > Album & Street Album
Localité:Paris 18
Date de sortie:Mai 2007

Présentation et parcours ?

J’ai commencé à rapper en 96, mais c’est en 2001 que les choses sérieuses ont commencées avec la compilation Explicit Dixhuit, la réunion des Mc’s du 18ème arrondissement que j’ai produit. Ce projet m’a permis de faire mon premier véritable titre solo et mon premier clip « Le choc frontal ».
Puis j’ai produit mes deux premiers maxis en 2004 « Fidèle à son contexte » et en 2005 « Comme sur un playground ». J’ai alors entamé la réalisation de mon premier album qui s’est imposé à moi après le second maxi et en même temps, j’ai réalisé la compilation « No Child soldiers » qui a pour objectifs d’informer les gens de l’existence et du sort des enfants soldats dans le monde. Une fois ce projet fini, je me suis totalement investi dans la réalisation de « J’éclaire ma ville » que j’ai co-produit avec Label rouge et co-réalisé avec Dj Dimé.

Il y a enormément de beatmakers différents sur ton album, pourquoi y en a t-il autant ?

Il est vrai que ça aurait été plus simple de confier toute la production à une seule personne, mais je ne suis pas tombé sur quelqu’un qui m’a donné 15 prods que j’ai toutes appréciées. J’ai donc pioché et sélectionné les instrus chez des potes producteurs notamment. Pour les instrus, tout s’est fait au feeling. Je me suis d’abord naturellement tourné vers des gens que j’appréciais humainement et artistiquement, comme pour les featurings d’ailleurs. Je voulais arriver avec des instrus de gens que je connaissais comme Drixxxé, Ayastan, Keumaï, Ex-Mortis, Soulchildren. Dimé a fait deux prods aussi. Et pour les producteurs que je ne connaissais pas ou peu, ce sont leurs sons qui ont parlé. Mais l’important c’est que le disque garde une homogénéité, il y a une couleur sur tout l’album malgré le fait que les instrumentaux viennent d’un peu partout.

Pourquoi avoir autant pris ton temps pour sortir ton album ?

Quand tu veux faire un album de qualité, il faut prendre le temps de faire les choses correctement. Et puis cet album a été produit en indé donc avec moins de moyens et peu de logistique ça met plus de temps. Et « No Child Soldiers » m’a demandé beaucoup de travail et d’investissement personnel et j’étais moins disponible pour mon propre album.
De toute façon, je ne marche pas à la pression, même s’il faut souvent speeder pour tel ou tel truc. Je voulais faire un disque qui reste dans le temps et j’ai donc pris mon temps pour choisir les instrus. J’ai pris mon temps pour peaufiner mes rimes et mes thèmes aussi. Et puis on n’est pas des machines, écrire, ce n’est pas automatique, tu n’es pas toujours dans de bonnes dispositions, tu n’as pas toujours quelque chose d’intéressant à dire… Et puis j’aime bien les rimes riches, les mots bien choisis, les références, les images fortes, et ça se travaille. Les albums faits à la va-vite, ça se sent. Comme après un premier album tu n’es pas sûr d’en faire un autre derrière, que c’est une chance, que tu t’es mis toi-même dans une position où tu vas parler aux gens, il faut être sérieux. Aussi, on voulait faire un album d’une qualité sonore irréprochable au niveau du mix et du mastering et au niveau visuel avec la pochette. Je pense que c’est assez réussi mais ça représente du travail.
Je n’envisage pas de faire de la musique et d’être simplement artiste, je suis aussi un grand amoureux de la production qui est un art aussi.

Il y a très peu de featurings sur l’album ?

Oui, c’est un choix. Chaque featuring a un sens. Je ne voulais pas noyer mon album de collaborations, mais plutôt mettre mes invités en valeur et donner de ma personnalité dans mon disque. J’ai invité des gens que je connais et que j’apprécie, AKI, Sidi O, Ekoué, Mokless et Jp Mapaula. Tous de très bonnes plumes.
Il y a bien sûr d’autres personnes avec qui j’aimerais collaborer mais là il ne s’agissait pas de faire un street album mais un album à part entière.

Peut-on dire que le « rap à texte » c’est une marque de fabrique du 18éme ??

Mais « rap à texte » ça devrait être considéré comme un pléonasme ! Le texte est la base du rap. A égalité avec la musique. Dire « rap à texte » c’est malheureusement un constat d’échec mais pour revenir au 18ème, ici, la culture, c’est de faire du rap comme on l’entend et pas en fonction d’une tendance ou d’un discours en vogue surtout. Faire de la musique c’est être libre et on a des messages à faire passer. Oui il y a de belles plumes dans le 18 mais il y en a ailleurs aussi et heureusement. Faut pas croire qu’avoir une plume c’est se balader avec une dégaine de poète. Les p’tits qui arrivent et même des anciens du quartier, ils sont crus au micro, y a tous les styles ici au final. Mais si on peut transmettre un héritage où l’écriture est une priorité tant mieux.

Tu peux nous parler du morceau « J’ai trouvé ma place » ?

C’était important pour moi d’aborder le thème de l’amour car cela fait partie de la vie tout simplement. Je voulais aussi casser le cliché du rappeur misogyne et sans cœur. C’est un sujet casse-gueule de parler d’amour en rappant. Je l’ai pris comme un exercice de style. Ce qui fait la particularité de ce titre je pense, c’est son universalité et son intemporalité, il peut toucher tout le monde quelque soit l’âge, le sexe ou le vécu de la personne qui écoute. C’est une déclaration d’amour qui est certainement un peu un ovni dans l’album et dans le rap actuel en général.

Tu dis que l’écriture est ton moteur, justement comment t’es venu cette passion pour l’écriture ?

Ca ne s’explique pas vraiment. Pour moi écrire, c’est un moyen de me remplir la tête et de créer des choses qui n’existaient pas au départ. Quand tu écris, tu ne peux jamais t’ennuyer, tu as toujours quelque chose à faire. L’écriture est arrivée dans ma vie à un moment où je ressentais le besoin d’avoir une passion pour avancer. J’aime les mots, j’aime retourner une phrase dans tous les sens, c’est mon truc quoi.

L’impact des textes des rappeurs sur les plus jeunes, qu’en penses-tu ?

Bien sûr que les mots ont un impact. Beaucoup de textes engrainent d’une manière ou d’une autre certains jeunes qui s’identifient à un mode de vie, à un discours et une attitude. Maintenant les problèmes qu‘ont les jeunes dans les quartiers et les cités, ce n’est pas le rap qui en est la cause. Ils le vivent. C’est réél. Le rap est un juste un vecteur, il parle de ce qu’il voit la plupart du temps. Oui, on veut tous faire des ronds, se mettre bien, mettre bien la famille… Mais qui a laissé croire aux jeunes qu’il n’y a que le rap pour s’en sortir, que le business ou la rue si ce n’est une frange des rappeurs qui figurent parmi les plus médiatisés ? Je pense que le rap devrait véhiculer des valeurs positives, tirer les gens vers le haut et surtout les plus jeunes.
Le rap doit parler de tout, de galères, de racisme, de drogue, de quotidien, de joies, d’amour, d’argent, de violence.. etc.. tout ce que tu veux parce que tout ça c’est la réalité. Mais le danger c’est de glorifier la violence, la galère, le deal, l’argent ...
Aujourd’hui dans les quartiers, beaucoup de petits sont dans un délire gangsta, clash, bicrave, rue... mais aller taper sur les rappeurs pour expliquer la violence et les problèmes ici et là, non ! Mais chacun a une responsabilité, c’est indéniable.

Quels sont les enseignements que tu tires de la sortie de ce premier album ?

Que du positif. Les retours sont bons, voire excellents. On l’a fait pour aller sur scène et on y arrive tout doucement puisqu’on enchaîne de plus en plus les concerts. J’ai pris de l’expérience et surtout je suis allé au bout de mon projet, ce qui n’était pas évident au départ. Jusqu’ici, j’en retire de la satisfaction.



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